Des intervenants appellent à abaisser les cibles en éducation au N.-B.
Les élèves néo-brunswickois ont du mal à atteindre les cibles de réussite établies par la province en lecture, en écriture et en mathématiques. Ces cibles pourraient être revues à la baisse dans le prochain plan d'éducation de 10 ans, dont l’élaboration débutera sous peu. Le plan en éducation actuel a été lancé en 2016 et arrivera à échéance en 2026. Le secteur francophone et le secteur anglophone ont chacun leur plan. La province s’apprête à lancer le processus de consultation publique pour l’élaboration du prochain plan. Celui-ci déterminera la vision et les objectifs pour les 10 prochaines années, notamment en numératie et en littératie. Dans le secteur francophone, selon le plan actuel, le ministère de l’Éducation avait pour objectif que 85 % à 90 % des élèves réussissent les évaluations provinciales en lecture, en écriture et en mathématiques en 2026. Or, ces cibles n’ont jamais été atteintes. À titre d’exemple, 61,4 % des élèves de 2e année ont réussi l’évaluation provinciale de lecture en 2024, alors que la cible est de 90 %. En mathématiques, 53,1 % des élèves de 8e année ont réussi l’examen du ministère l’an passé. La cible en numératie est de 85 %. Stéphanie Babineau, présidente de l'Association des enseignantes et enseignants francophones du Nouveau-Brunswick. Photo : Radio-Canada Elle explique que les écoles ont eu leur lot de difficultés au cours des dernières années, notamment avec la croissance démographique et la pandémie de COVID-19. Cela pourrait expliquer le fait que certains résultats sont en chute libre comparativement à ceux de 2019. La cible de 90 % est tout simplement devenue Les écoles ont dû s'adapter à plusieurs restrictions sanitaires pendant la pandémie de COVID-19. (Photo d'archives) Photo : Radio-Canada Elle accueille favorablement l’idée de revoir les cibles en discutant avec toutes les parties prenantes. Les enseignants apprécieraient que les cibles deviennent un objectif atteignable. Selon Mme Babineau, le réajustement des cibles n’est pas une question de niveler par le bas mais bien de prendre le temps de se rendre au niveau voulu, en ne brûlant pas d’étapes. Il n’a pas été possible de s’entretenir avec la ministre de l’Éducation sur le réajustement des cibles de réussite. Dans une déclaration, une porte-parole indique toutefois que le ministère se penchera sur ces cibles et que l’objectif du prochain plan en éducation consistera à avoir des cibles La ministre de l'Éducation, Claire Johnson, à l'Assemblée législative le 27 mai 2025. Photo : Radio-Canada / Alix Villeneuve La province précise que ces objectifs réalistes signifient non pas automatiquement de baisser les attentes mais de créer des conditions propices à un succès atteignable et mesurable. Des consultations publiques seront organisées par le ministère au cours des prochains mois dans les secteurs francophone et anglophone. Les deux secteurs déposeront chacun un plan d’éducation de 10 ans au printemps 2026, accompagné de plans d’action à court terme, précise le ministère. Le plan d'éducation de 10 ans est aussi un outil important pour les futurs enseignants et fait partie des programmes d’études à l’Université de Moncton. Un de ses avantages est qu’il assure une stabilité même si le gouvernement change, souligne le doyen de la Faculté des sciences de l’éducation, Mathieu Lang. Mathieu Lang est le doyen de la Faculté des sciences de l'éducation de l'Université de Moncton. Photo : Radio-Canada / Myriam Breau Si les cibles de réussite n’ont pas été atteintes en 10 ans, c’est en partie le résultat de la pandémie et de l’arrivée massive de nouveaux arrivants dans les écoles, qui ont surpris le monde de l’éducation, explique Mathieu Lang. Selon lui, l’élaboration du prochain plan passe donc par une analyse du contexte actuel et de la santé du système scolaire au-delà de l’évaluation de la performance des élèves. Faut pas juste évaluer les élèves, il faut aussi évaluer le contexte. Ultimement, la cible est importante, dit-il, mais il ne faut pas non plus mettre de côté les progrès réalisés. Ce progrès pourrait d’ailleurs être constaté sous peu, selon lui. Les écoles sont maintenant mieux outillées pour accompagner les élèves allophones, entre autres.Réajuster le tir
90 %, c’est énorme!
lance la présidente de l’Association des enseignantes et enseignants francophones du Nouveau-Brunswick (AEFNB), Stéphanie Babineau.
utopique
, dit-elle.Lorsqu'on a plein de balles courbes qui nous sont lancées, [l'objectif de] 90 % devient de plus en plus ambitieux, parce que ça ne tient pas compte de la réalité sur le terrain.

Ce qui est important, c’est de se doter de cibles qui sont réalistes, qui peuvent être utilisées comme un outil de motivation au niveau de la performance. Elles doivent être ambitieuses, mais elles doivent avant tout être réalistes.
Ça ne veut pas dire qu’on ne pourrait pas l'atteindre un jour au Nouveau-Brunswick, le 90 %, mais si on veut se rendre là, je pense que c'est important d’avoir des cibles réalistes et atteignables et de célébrer les succès en cours de route.
Des cibles jugées trop exigeantes, dit le ministère
ambitieuses mais aussi réalistes
.Certaines des cibles établies dans le plan actuel [2016-2026] ont été jugées trop élevées pour être véritablement atteignables, ce qui a pu limiter leur efficacité comme outils de mobilisation
, ajoute le ministère.
Évaluer le contexte avant les cibles

Ce qui fait qu’on n'avait pas prévu ça dans les cibles et objectifs en 2016. Il faut s’adapter.
Il faut réviser les cibles, mais il faut savoir aussi qu’est-ce qu’on met en place pour atteindre ces cibles-là.
Ce n’est pas une catastrophe fondamentalement de dire : "Il y a seulement 70 % qui l’ont atteint même si on visait 90 %", parce que les 30 % qui ne l'ont pas atteint, ils ont quand même évolué durant l’année.
Il a fallu tout mettre en place un savoir-faire rapidement. Dans les écoles, on commence à développer des expertises et on devrait voir les résultats s'améliorer, j’en suis pas mal convaincu
, soutient le doyen.
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